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"4 Mois, 3 Semaines et 2 Jours" : Le film roumain en compétition à la côte !

Cannes, Palme d'or 2007, sortie DVD 3 avril 2008



25 - 08
2007
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Dans la Roumanie de Ceaucescu, l’avortement, jusqu’alors autorisé, est brusquement interdit pour encourager la politique communiste de natalité, quand il sera rétabli des années plus tard, sur 20 millions d’habitants, on comptera 1 million d’avortements… Le réalisateur est de la génération issue de ce boum des naissances forcées sous Ceaucescu.
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Film à la fois politique à portée générale et intimiste à puissante dimension émotionnelle, c’est aussi bien le récit d’une oppression collective que celui d’une histoire individuelle poignante. Ce film vaut tous les documentaires sur la Roumanie communiste des années 80 tant l’ambiance y est particulièrement riche d'enseignements et dépourvue de toute liberté. On y passe son temps à vendre des produits au marché noir, à faire du troc, à se cacher, à acheter des complaisances avec un paquet de cigarettes. Un climat de dénuement, de survie, de parano réflexe avec des contrôles d’identité incessants, où pour faire trois pas, il est dangereux de sortir sans papiers. L’avortement illégal y est alors sévèrement puni d’années d’emprisonnement.

Dans un foyer d’étudiantes, une jeune fille s’apprête à partir pour quelques jours. Dans la chambre qu’elle partage avec deux autres colocataires, lugubre pièce meublée de trois lits en métal vert hôpital, elle prépare une valise. Mais c’est l’amie colocataire qui va prendre les choses en main pour elle. Tout d’abord, trouver une chambre dans un hôtel pour recevoir clandestinement un avorteur qui s’avérera être un boucher amoral et caractériel mais le seul à accepter d’intervenir après trois mois de grossesse. Un monstre qui exige, entre autres choses, que l’amie couche avec lui pour compléter le paiement. Ensuite, cacher ce qui se passe dans la chambre au personnel de l’hôtel avec de pauvres moyens, des sacs en plastique pour ne pas tacher les draps avec l’hémorragie promise par l’avorteur, enfermer la patiente à clé pour sortir. Car l’amie n’a pas pu échapper à une corvée : se rendre à l’anniversaire de sa future belle-mère où elle est parachutée à un dîner de médecins et d’intellectuels ripailleurs qui ne pensent qu’à manger et à boire pendant qu’elle essaye en vain de téléphoner à l’hôtel. Quelques phrases mine de rien décrivent la réalité, la mère dit qu’au début ils n’avaient pas autant de relations pour si bien se nourrir… Contraste entre la boucherie de l'avortement clandestin où on désinfecte à peine le matériel et le corps médical vrai ignorant tout du drame et faisant la fête.

Ce film dur et réaliste est pourtant attachant et humain, on est plongé dans cette galère guidé par l’actrice principale extrêmement brillante, un prix d’interprétation lui irait bien… Le film décrit une journée de huit heures du matin à minuit dans une ambiance verte de salle d’opération, images livides et verdâtres, ciels bas, mobilier de prison, sièges métalliques dans les autobus, lits en fer dans les chambres, objets de consommation rarissimes, atmosphère de suspicion et de crainte permanentes.

Prouesse technique, le film ne comporte que des plans séquence, un plan par scène, durant quelquefois 8 à 10 minutes. Le réalisateur a dit en interview qu’il pouvait les tourner jusqu’à 25 fois… Dans ces plans souvent fixes, les événements se passent à la fois dans le champ et hors champ, les acteurs, eux, entrent et sortent du cadre. Les acteurs jouant pour la scène du dîner de médecins l'ont fait la moitié du temps hors champ, on entend leur voix comme quand on se parle et répond d'une pièce à l'autre. De temps en temps, la caméra suit l’actrice principale dans les couloirs mais il n’y aucun contrechamp. Au début, on a une impression, vite dissipée, d’un échange un peu théâtral entre les deux amies mais c’est imputable surtout au jeu de l’une d’entre elles, moins naturelle, ce qui est d'ailleurs son emploi, une fausse victime qui va manipuler son amie, apparemment femme forte, se posant en femme fragile. Car celle qui agit, se révolte et finit par se sacrifier n'est pas la victime supposée, c'est l'autre...

Certains rares spectateurs sont sortis de la salle en cours de projection à des moments qui peuvent choquer, par exemple, on a contesté en conférence de presse que soit montré à l’écran l’image du fœtus mort. Le réalisateur a répondu qu’il avait simplement voulu montrer les conséquences morales et physiques d’une décision sans pour autant être moraliste.

Classé 1er dans les estimations de Palme d’or par le magazine Variety (mais pas dans les journaux français…), ce film devrait récolter au moins un prix ! ! !

 

27 mai 2007 : le film a obtenu la palme d'or à Cannes!!!

voir mon blog sur Cannes : CinéManiaCannes2007...

 


le réalisateur Cristian Mungiu recevant la palme d'or à Cannes (photo L'Oréal Cannes)


article publié dans CinéManiaC/Allociné le 25/05/2007


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Note : 5/5 (1 note)



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