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"Before the devil knows you're dead" ("7h58 ce samedi-là") : La chute de la maison Hanson

Festival de Deauville 2007, Sidney Lumet



26 - 09
2007
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Voir la BA...


Le 32ème festival du film américain de Deauville, en 2006, avait prévu un hommage à Sidney Lumet à l'occasion de la sortie de "Find me guilty". Mais, même si le film avait été présent et présenté, cela avait été sans la présence du réalisateur et la cérémonie d'hommage avait été repoussée. Résultat, on s'était contenté (et c'était déjà bien …) d'une rétrospective d'une série de ses films. Par contre, l'hommage retentait sa chance en 2007 pour cette 33ème édition à l'occasion de la sortie de "7h58 ce samedi-là", ou "Before the devil knows you're dead" pour les amateurs de VO. Et là, bingo ! Sidney est bien là. Alors cérémonie, médaille souvenir, discours, … tout est là aussi. Bref, même si la petite demi-heure de congratulation n'a que peu d'intérêt, c'est l'occasion de remettre les choses dans leur contexte.


L'histoire raconte les malheurs de la famille Hanson, à partir de l'heure fatidique de 7h58 du matin, heure à laquelle un braquage dans la bijouterie familiale tourne mal, avec la mort à la fois du cambrioleur et de Madame Hanson mère qui ouvrait exceptionnellement le magasin elle-même ce matin -là. On apprend assez vite que le braquage a en fait été organisé par Andy (Philipp Seymour Hoffman), le fils aîné de la famille nageant dans des problèmes à la fois conjugaux et financiers, avec la complicité de son frère, Hank (Ethan Hawke) qui se débat dans une mélasse comparable. Mais autant le premier est du genre cadre exécutif à cravate et costard, certain du caractère invulnérable de son plan, autant le second est perclus de doute et de culpabilité.

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Philip Seymour Hoffman
© UGC Ph Galerie complète sur AlloCiné

Devant la tournure catastrophique des évènements, chacun réagit à sa façon, Hank en cédant à la panique, Andy en tentant d'organiser les choses. La panique de Hank est d'autant plus justifiée qu'il était censé opérer seul mais s'est adjoint par faiblesse les services d'un petit loubard dont la veuve, Chris (Aleksa Palladino), tente de tirer profit de l'occasion en le faisant chanter. Malgré son habitude de tout manipuler, Andy perd progressivement le contrôle de la situation, jusqu'au pire : être démasqué par son propre père (Albert Finney). Bref, ce qui s'annonçait comme une petite arnaque sympa et sans risques devient rapidement un tourbillon emportant tous les personnages dans une descente en vrille apparemment sans limite.


Qu'est-ce que vous voulez ? Lumet, c'est Lumet, et puis c'est tout. Le film est léché, net, sans bavure. C'est bien fait, et ça se regarde sans trop d'histoires. Par contre, de là à ressentir passer le vent du génie, à frissonner sous le bonheur de la surprise, il y a largement plus que le pas qui sépare "12 hommes en colère" de "Serpico". Il y a quelques temps que la mode de la narration linéaire est passée, et Lumet s'est mis dans l'air du temps. Il y a du flash back, du flash forward, du flash now, etc... Evidemment, pour les esprits rétifs aux allers-retours qui n'aiment rien tant qu'une bonne histoire racontée dans l'ordre, il y a un cap un peu difficile à passer : le moment de laisser se faire oublier cette pénible mode qui oblige à se concentrer sur ce qu'on ne comprend pas à mesure que ce qu'on aurait pu comprendre défile et qu'on prend du retard sur la marche des évènements. Comment voulez-vous appâter le chaland en lui donnant l'impression qu'il est lent dans sa tête?


Il y a pourtant du sang, du sexe, de la drogue, de l'argent, bref à peu près tout ce qu'on peut demander. Alors, pourquoi ça coince ? Pourquoi est-ce qu'on se dit qu'il y a quelque chose qui manque ? Quelque chose qui faisait le souffle du Lumet des grands jours ? Allez savoir … Peut-être que c'est au contraire le "too much", tous les ingrédients de la recette en excès.


Dire que c'est un film sur l'impuissance tient tout le sujet en un seul mot. Outre la forme, prenez le sexe, par exemple, si je puis me permettre. Il est présent dès l'introduction, à tous les sens du terme : scène d'ouverture et scène de sexe acté le plus crûment qui soit. Passé ce moment initial, il n'y aura plus de sexe sauf en cachette, coupablement, "adultèrement". Ouverture en puissance avant que tout le reste du film ne soit qu'un long chemin vers sa sortie, piteuse et impuissante. Au passage, je ne sais d'ailleurs pas comment la commission de censure étatsunienne, ou quel que soit son nom, ou comment les ligues de vertu prendront les scènes les plus directes du film. On est manifestement loin de l'époque où le début de l'ébauche d'un sein faisait trembler l'écran. Et entre nous, ça aurait quand même été dommage de rater la plastique de Marisa Tomei (Gina, l'épouse), mais bon …


Reste le jeu des acteurs à se mettre sous la dent. Pour qui apprécie les prestations de Philipp Seymour Hoffman, celle-ci va les ravir. Pour les moins fans qui ne parviennent pas à rêver dans son sillage, on reste un peu sur sa faim. Il y a bien sûr chez lui plus qu'une parenté avec la technique d'un Paul Newman dans "Luke la main froide". Je ne sais pas s'il a fait ses classes à l'Actors Studio mais on en sent la touche à pleines narines. Quoi qu'il en soit, qu'on aime ou pas, il est tout de même difficile de nier ici le talent. Et à côté de lui, les autres comédiens ont du coup un peu de mal à tenir la distance. Mais comme il mange l'essentiel de l'écran, les autres restent un peu dans une toile de fond finalement protectrice.


Comment s'étonner après ça d'un petit sentiment de malaise partagé par l'humeur de la salle, quand la lumière revient, à l'écoute du contraste entre l'ovation pour le réalisateur avant la projection et les applaudissements polis en fin de spectacle ?





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