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"Casualties of war" ("Outrages") : le scénario du futur "Redacted" 20 ans auparavant...

Brian de Palma, 1989



05 - 01
2008
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Ce n’est peut-être pas le film le plus connu de Brian de Palma mais c’est sûrement un des meilleurs, de la période où les réalisateurs italo-américains étaient au firmament du nouvel Hollywood des années 80. «Outrages» («Casualties of war»), qui fut tournée en 1989, préfigure ces films sur la guerre traités du point de vue de la psychologie des soldats comme plus tard «La Ligne rouge» (1998) de Terrence Malick.


Un homme dans le métro, accablé de pensées, dans un silence ponctué par le bruit des machines, des portes qui coulissent, du grincement des freins, s’endort. Sur une musique de flute de pan, l’image du métro fait place à une photo dans la jungle du Vietnam, un bataillon de six hommes dont lui, le soldat Eriksson, pose son paquetage pour la nuit sous le commandement du Sergent Meserve. Des ordres fusent, des détonations claquent, un soldat marche dans la forêt en reconnaissance et croit repérer un vietcong, il tire, le groupe est repéré, la zone bombardée… Dans l’embrasement rose de la forêt, un soldat explose comme un feu d’artifice… Le soldat Eriksson reste à l’arrière, les jambes coincées dans un talus et crie à l’aide dans le vacarme infernal des bombes qui enflamment la zone… Un soldat vietcong rampe dans un tunnel, un couteau entre les dents, dehors, un soldat à terre hurle «mon bras, où est mon bras ?», le sergent Meserve rampe lui aussi dans la forêt... Soudain, le viet sort du tunnel, alors, Meserve vide rageusement son chargeur sur lui, le regard bleu hagard, le cheveu dru, pas rasé, «prends ça, enfoiré !». Ensuite, le sergent M va aider Eriksson à sortir de son trou, il lui sauve la vie.

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A 18 000 kms de chez eux, le soldat Eriksson demeure aussi civilisé que le sergent, Meserve, son supérieur, est brutal et trivial, les deux hommes ont 20 ans, chacun se défendant de la terreur à sa manière. Malgré les différences, les hommes de la compagnie se titillent et se supportent jusqu’à ce qu’un drame interne éclate : le soldat Brownie, joyeux drille de la bande et seul copain du sergent Meserve, est tué dans ses bras… La scène est admirable, Meserve, dans un effort de volonté immense, joué par un Sean Penn prodigieux dévasté par le choc et la compassion, tient Brown dans ses bras tout en lui faisant un garrot sur la gorge de son poing, et, quand l’hélicoptère des secours emporte le brancard d’un Brown moitié-mort, Meserve lui hurle un poignant «tu vas bien !» à pleurer, c’est superbe!




Dans la scène suivante, le sergent Meserve, blanc comme un linge, tente de se raser avant une permission, ses gestes lents interrompus par le tremblement de ses mains, le regard fixe face au miroir de poche, répondant aux questions comme un automate, semblant de pas voir ses camarades, omnubilé par la mort de Brownie dont il ne peut pas parler. C’est alors que germe dans l’esprit traumatisé du sergent Meserve une idée machiavélique pour venger la mort de Brownie : kidnapper une jeune femme vietcong pour l’emmener avec eux comme un «petit plaisir portable»… De ce moment-là, le sergent M bascule dans une rage incontrôlable, guidé par la haine et l’impossible quête de réparation, s’excitant de propos salaces et de plaisanteries racistes. Seul le soldat Eriksson, outré, essaye de s’opposer à Meserve, sans succès.


Le film est psychologiquement admirablement construit, on suit l’escalade de la violence jusqu’à s’expliquer la logique aberrante du comportement de soldats jeunes et inexpérimentés ne supportant pas ce qu’ils supportent et devenant fous. Des hommes démolis psychiquement, perdant toute notion de bien et de mal, incapables de maîtriser leurs pulsions sous le choc de la peur et de la boucherie des combats odieux pour lesquels ils ne sont pas préparés. Le spectateur est plongé dans un drôle de mélange d’horreur et de pitié pour ces soldats, bourreaux et victimes, sombrant dans une folie meurtrière pour tenter d’oublier facticement leur traumatisme dans une soif de vengeance immédiate en infligeant les pires sévices à une victime innocente, seulement coupable d’être de la nationalité de l’ennemi.


Comme souvent dans les films de guerre, c’est le spectacle de l’enfer dans un paradis tropical, des paysages de rêve pour des scènes insoutenables. La photo est parfaite, les séquences s’enchaînent sans temps mort comme l’inéluctable du récit, le scénario est en béton avec le crescendo de l’intensité dramatique jusqu’à la fin, l’interprétation est au top, difficile de faire mieux...


Les acteurs : Sean Penn est le sergent Meserve : la démarche lourde de cow-boy, le cou dans les épaules, le rictus cruel, moqueur, méprisant, le regard halluciné, sadique, désespéré, la physionomie ravagée, à bout de forces, figée par la haine, la voix rauque exaspérée, cinglante, rageuse, hurlant, raillant, menaçant, donnant des ordres, il campe un personnage odieux, névrosé et ignoble tout en arrivant à faire passer une fragilité et quelque chose d’humain en filigrane qui exsude du monstre, un tour de force ! Dieu sait si je suis déjà une fan inconditionnelle de Sean Penn mais dans ce film il surpasse en génie de l’interprétation tout ce qu’on peut imaginer, les mots manquent pour en témoigner, il faut voir le film !!!


Michaël J Fox est le soldat Eriksson, un homme apparemment mièvre et peureux, trop pur, trop lisse, trop civilisé, parachuté dans un enfer peuplé de brutes, mais paradoxalement plus solide mentalement que ses compagnons, le rôle n’est pas facile, surtout face à Sean Penn, mais c’est son emploi, sorte de roseau conscient du groupe qui plie mais ne se rompt pas.


Le réalisateur Brian de Palma retrouvera Sean Penn en 1993 dans "Carlito's way" ("L’Impasse") avec Al Pacino. Totalement métamorphosé physiquement (blond et frisé dans la rôle d'un avocat véreux), Sean Penn y obtiendra l'Oscar du meilleur second rôle.


C’est un film impitoyable avec des scènes dures sans retour, à réserver à un public averti, mais un excellent film coup de poing, dont on se souvient longtemps…


Ecrit par Vierasouto/Blog CinéManiaC sur Allociné le 27/02/06






 
Sur le même scénario transposé en Irak, Brian de Palma vient de réaliser le docu-fiction "Redacted" (sortie en février 2008), voir mes notes du festival de Deauville où il fut présenté en septembre...

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