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"Chrysalis" : naissance opaque d'un réalisateur

Julien Leclercq, 2007



03 - 11
2007
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David Hoffmann (Albert Dupontel), lieutenant de la police européenne, accepte de reprendre du service pour traquer l’assassin de sa femme, soupçonné de meurtres en série. Son enquête le conduit dans une clinique sophistiquée dirigée par un médecin femme, le professeur Brügen (Marthe Keller).


Film fantastique français et premier film d’un jeune réalisateur, Julien Leclercq, un projet ambitieux dès le départ, trop ambitieux sans doute. A l’arrivée, un film patchwork remarquablement glacé, suite de tronçons d’histoire juxtaposés avec une vocation plus esthétique que scénaristique. C’est là où le bât blesse, bien qu’on remarque une manière de filmer prometteuse, la recherche de style grignote le récit, le nécrose.

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Albert Dupontel
© Gaumont Distribution Galerie complète sur AlloCiné
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Pas une scène où le spectateur n’ait le temps de s’installer et encore moins de développer de l’empathie pour les personnages. Scènes trop courtes ou trop longues. Personnages pas suffisamment définis par deux scènes rapides au départ : Marthe Keller et sa fille Mélanie Thierry dans une voiture, un brin de causette, l’accident immédiatement et on les reverra ensuite dans une clinique futuriste avec des relations réduites au minimum syndical. Marthe Keller médecin chef de service, couve Mélanie Thierry, sa fille accidentée, couchée sous une couverture en fourrure dont le chirurgien esthétique de la clinique vient de réparer le visage. Seconde scène filmée dans le ton de l’ensemble du film (ce qui n’est pas le cas de la première scène en voiture entre mère et fille, de facture classique, greffe approximative), le policier Albert Dupontel voit sa femme tuée sous des yeux dans une ambiance typiquement SF tendance "Blade runner".


Marqué au fer gris par l’univers dépressif de Philip K Dick et la mémoire perdue de Jason Bourne, avec des pics d’action réglés justement par le chorégraphe de "La Mémoire dans la peau", le film ne trouve pas de rythme général. Préoccupé d’effets spéciaux, d’inserts de souvenirs, de notes futuristes (le chien automate), le film néglige également grandement la psychologie des personnages. On aurait pu s’attendre à ce que le personnage de Marthe Keller soit ambigu, autoritaire, voire mégalo, celui de Mélanie Thierry (actrice superbe et cinégénique) effrayé, voire terrorisé, elle a des maux de tête, elle n’aime plus le chocolat, c’est mince…  Seul Albert Dupontel semble avoir travaillé son personnage de son côté, en ayant saisi toutes les nuances, voire les ayant créées, il livre une interprétation d’un Samouraï Melvillien modernisé, quasi mutique, s’exprimant avec son seul corps, mais quand il parle, quelle voix sensuelle, géniale, quel regard aussi, à pleurer… Un des grands acteurs du moment, si on en doutait encore…

 

Marthe Keller et Mélanie Thierry
© Gaumont Distribution  


 


Malgré toutes ces réticences, le réalisateur est doué, croulant sous les références et la cinéphagie (les écarteurs de paupière d’"Orange mécanique", tels quels), il lui manque de tout gommer et de repartir à zéro pour exhumer son style à lui dont on sent les prémices. L’amnésie, la modestie, du «blanc» pour créer de l’espace, enlever au lieu d’ajouter : car le plus difficile, c’est de faire moins, d’écrire plus court, de filmer plus simple, de faire le deuil des artifices, fussent- ils brillants, de revenir dans la vie. A suivre pour le prochain film…


PS. Le jeune cinéma français tentant de se décoincer de ses sempiternelles comédies ou drames intimes égocentriques avec des films de ce genre, des films de genre, il faut lui rendre justice. "Chrysalis" révèle un réalisateur moins commercialement correct mais nettement plus créatif et intelligent qu'un Guillaume Canet, bon élève si consensuel plus doué pour la promo que le cinéma.


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