17 - 10
2007
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Interminable attente ce soir sur le trottoir de la rue de Rennes à Paris pour tenter d'arracher une place (il en restait 30 à vendre après comptage des invités absents...) pour le film de clôture du 12ième festival du cinéma allemand : le très médiatisé "De l'autre côté" de Fatih Akin, prix du scénario à Cannes cette année dont la sortie est prévue en salles le 14 novembre.

Palmarès
Deux prix furent décernés à deux premiers films de jeunes réalisateurs : le prix du public à "Shoppen", film hilarant mais plus théâtral que réellement cinématographique, et le prix du jury franco-allemand à "Fata morgana", le film pour lequel j'avais eu un coup de coeur, le seul du festival, à vrai dire, la sélection 2007 m'ayant moins touchée que celle du festival 2006.
Pour présenter "De l'autre côté", une bonne surprise attendait le patient, pardon, le spectateur : Fatih Akin avait fait le déplacement rejoint sur scène par Hanna Schygulla (voir photo).
Fatih Akin et Hanna Schygulla ce soir avant la projection de "De l'autre côté" : "un message de pardon" a dit l'actrice mythique Fassbinderienne qui parle très bien le français...
"Auf der anderen Seite" ("De l'autre côté")
Prix du scénario à Cannes cette année, d’aucuns l’auraient vu à la place du film roumain.... Divisé en trois parties distinctes (la mort de Yeter, la mort de Lotte et de l’autre côté), le scénario est brillant, les connections entre les personnages se tricotant lentement et subtilement jusqu’à une fin commune aux trois parties du films.
1. La mort de Yeter
Un veuf, bon vivant et égrillard, propose à une prostituée qu’il fréquente régulièrement de la payer pour venir vivre avec lui. Pas emballé par cette idée, son fils Nejat, prof de fac à Hambourg, tout d’abord méfiant, est rapidement touché par Jessie, en réalité Yeter, qui est d’origine turque comme eux. Il comprend que Yeter envoie tout l’argent qu’elle gagne à sa fille pour payer ses études à Istambul. Autant Nejat est discret et pudique, autant son père est emporté et capricieux : obnubilé par le sexe, forçant sur la bouteille et cachant des cigarettes dans son pantalon, alors qu’il vient de faire un infarctus. Après une dispute avec Yeter, le père la frappe mortellement. Le cercueil de Yeter est alors transporté par Turkish airlines d’Allemagne en Turquie, premier passage de l’autre côté…
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2. La mort de Lotte
Alors que Lotte revient d’un voyage de trois mois aux Indes, elle rencontre Ayten, jeune activiste turque qui vadrouille dans Hambourg sans domicile fixe. Lotte amène la jeune fille habiter chez sa mère Susanne avec qui elle vit. Mais Susanne est choquée par les manières d’Ayten dont elle a perçu qu’elle a séduit sa fille. Quand Ayten est arrêtée par la police et transférée à Istambul, Lotte lui emboîte le pas et loue une chambre chez un libraire qui n’est d’autre que Neyrat. Si Neyrat quitté l’Allemagne pour la Turquie, c’est qu’il se sent responsable de la fille de Yeter, tuée par son père, et la recherche pour payer ses études. Mais les tentatives de Lotte pour faire libérer son amie Ayten, non seulement sont infructueuses, mais encore vont mettre la jeune allemande en danger…
3. De l’autre côté
Film sur l’identité partagée germano-turque avec les nombreux passages et passerelles entre les deux pays, le retour au pays d’origine pour les uns, le passage de l’autre côté pour les autres, morts ou vivants, transportant leur culture avec eux de toute façon : la langue turque en Allemagne, la littérature allemande en Turquie, etc…
Film sur le pardon collectif et individuel, le fils pardonnera à son père, la mère pardonnera à sa fille et l’eau purifiera, lavera les péchés (fin du film très belle au bord d’une petite plage avec le bruit des vagues).
Hanna Schygulla joue Suzanne, cette mère de la génération Katmandou qui se souviendra de ses errances de jeunesse en allant pleurer sa fille qu’elle n’a pas comprise. Scène émouvante dans une chambre d’un hôtel rétro d’Istambul où Suzanne laisse éclater un chagrin physique dévastateur qu’elle contient à grand peine dans la pièce dans laquelle passent le jour, la nuit, le jour suivant. Le personnage de Neyrat est un narrateur, un passeur d’histoire, n’ayant pas lui-même d’histoire propre dans le film que celle du témoin actif, du consolateur, du réparateur des fautes des autres.
Un film très construit, on l’aura compris, très mature, avec des scènes crues quand c’est nécessaire, comme chez Jessie la prostituée au début, et des scènes réalité de la vie quotidienne familiale quand le père cuisine des petits plats ou arrose ses plans de tomates. Chez Fatih Akin, les personnages ont autant d’importance que les décors, sur l’écran et dans le récit, ils prennent de la place, se dilatent, sans pour autant qu’il néglige les images, simples, un peu décolorées comme des photos vieillies, mais cadrées impeccablement, les mouvements de caméra maîtrisés au millimètre, une belle copie d’un élève surdoué, peut-être trop…
Personnellement, je n’ai pas regretté que le film roumain "4 Mois, 3 Semaine et 2 Jours" de Cristian Mungiu ait obtenu la palme d’or, plus aride mais plus captivant, un choc que l’on n’a pas ici.
Note CinéManiaC :

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