28 - 06
2008
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cycle de cinéma japonais sur le net, été 2008

Oshima, la trilogie de la jeunesse : Film 2 : "Contes cruels de la jeunesse"

Second film du coffret "Trilogie de la jeunesse", Oshima livre une oeuvre au look très années 60 qui n'est pas sans rappeler, d'une part la nouvelle vague française, d'autre part des films plus légers de l'époque hypercolorés. Sous ces couleurs flash, la noirceur la plus absolue. La voiture rouge, la voiture verte, Makoto hésite... La jeune fille, effrontée, se fait raccompagner en voiture le soir par des quadragénaires émoustillés par sa jeunesse. Un soir, un des conducteurs tente de la violer lorsqu' elle est sauvée par un beau jeune homme bagarreur, Kiyoshi. Sauvée? Sur moment, oui, car la relation que Makoto va engager avec Kiyoshi va les mener tous les deux à leur perte. Le temps de se déchirer, de se détruire sur fond d'insurrection étudiante contre le pacte de sécurité nippo-américain, la violence individuelle en miroir de la violence collective. Bravant les conventions sociales, Makoto va s'installer avec Kiyoshi dans une chambre...
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Makoto a une soeur aînée, Yuki, qui a plaqué ses idéaux de jeunesse et son fiancé, Akimoto, avec qui elle militait, pour se faire entretenir par un homme plus âgé. Plus tard, sa soeur va retrouver son ex-fiancé devenu terne médecin sans illusions dans une clinique. Dans une scène incroyable où les deux couples se répondent sans se voir, l'un dans le cabinet médical : Yuki et Akimoto, l'autre dans une chambre attenante : Makoto et Kiyoshi, elle vient d'avorter, il la réconforte, Oshima pose les moteurs de violence des deux générations d'après guerre : ceux, nostalgiques, qui ont renoncé à leurs engagements politiques et leurs rêves de jeunesse (Yuki et Akimoto) et ceux qui n'ont jamais eu de rêves, jeunesse amorale et désoeuvrée dont le support de violence est presque exclusivement leur libido (Makoto et Kiyoshi).
Le couple érotisme et violence, en perspective du Japon de l'après-guerre, en pleine et violente expansion économique, est le thème majeur de "Contes cruels de la jeunesse" qui créa la polémique à sa sortie en salles en 1960. Dès leur rencontre, elle le gifle, il la gifle et la jette à l'eau, elle ne sait pas nager, il la repousse pour la faire céder, ils s'étreignent ensuite sur un rocher sous un soleil chauffé à blanc. Dans un registre beaucoup plus intellectuel, Kijû Yoshida, réalisateur contemporain de Nagisa Oshima, également sous contrat à la même période avec les studios Shochiku, va relier sexe et politique dans "Eros + Massacre" en traitant de l'anarchie sous l'angle du récit de la vie de l'anarchiste Sakae Osugi au début du siècle, qui prêchait notamment l'amour libre, donc le démantèlement de la famille, mettant en péril l'ordre et la morale, et finira sa vie assassiné avec une des ses maîtresses.
Tout est cruel dans le film, tout le monde est à vendre et se se vend, la société réprime en dernier lieu. Kiyoshi, délinquant par vocation, fréquentant une bande de voyous, trouve sa force, même factice, dans la cruauté, gentil quelquefois avec Makoto, il perd alors son identité et redevient méchant. Kiyoshi oblige désormais Makoto à reproduire leur schéma de rencontre, devenu une source facile de revenus, elle se fait draguer par un conducteur qui la raccompagne en voiture, il intervient alors pour feindre de la sauver en menaçant l'homme de porter plainte à la police, le conducteur paye pour avoir la paix. Au dernier moment, quand il sera trop tard, Kiyoshi tentera pourtant d'épargner Makoto en refusant de la donner à la bande de voyous à qui il doit de l'argent... Dans l'intervalle, Makoto aura supporté toutes les variantes de la cruauté quelque fois sadique de Kiyoshi dont elle s'obstine à croire que ce n'est pas si grave du moment qu'il l'aime. La seule chose qui convaincrait Makoto de quitter Kiyoshi, c'est la certitude qu'il ne l'aime pas... Pourtant, il y a une nuance de taille pour pondérer la position de victime de Makoto, le début du film démontre qu'elle choisit elle-même se mettre en danger en arrêtant des automobilistes, en quête de sensations fortes, l'énergie du plaisir étant supérieure à son instinct de conservation.
La lente dépravation du couple est présentée comme inéluctable, les deux jeunes gens rongés par un mal intérieur et extérieur : la société japonaise fustigée par Oshima, réalisateur engagé, car, comme dans toute son oeuvre, le point de vue sous-jacent est politique, contestataire, presque révolutionnaire. Si les histoires d'amour d'Oshima sont condamnées, c'est la faute de la société, le couple et son histoire d'amour désespérée étant prétexte à révéler la dépravation de la société japonaise telle que le réalisateur la perçoit et la dénonce...

photo éditions Carlotta
Il y a dans ce second DVD un supplément passionnant que sont les carnets de notes d'Oshima sur ce film avec toutes les options de mises en scène décidées avant de tourner, c'est assez bluffant! Utilisation du son et la lumière, dézoomage sur les visages, sortie du cadre par l'avant des personnages, filmer des personnages débordant quelquefois du cadre, les filmer longuement, etc... Non seulement le film est un chef d'oeuvre mais c'est sereinement prémédité, ça laisse rêveur...
Bonus du DVD 2 avec le film "Le Japon sous tension" et la lecture illustrée de plans du film des extraits des carnets de notes d'Oshima.
Note CinéManiaC :
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Mots-clés : CinéDVD, Cinéculte, cinéma asiatique, Contes cruels de la jeunesse, Nagisa Oshima, cinéma japonais été 2008




































































Commentaires
Autre film à ne pas manquer !
J’ai retrouvé un film japonais très intéressant datant de 1980. Vous le connaissez peut être, il s’appelle Virus. Il est historique dans le sens où il s’agissait du premier film à très gros budget japonais. Un film étonnant, qui tranche avec le genre habituel du cinéma japonais. Je l’ai retrouvé sur www.orpheane.com, où l’on peut le visionner gratuitement en streaming… Si cela vous intéresse... :)
Charlotte - 31.07.08 à 09:47 - # - Répondre -
je recommence
Désolé c'est vrai que du noir sur du noir ça ne se voit pas trèz bien ...
Je disais donc :
J’ai retrouvé un film japonais très intéressant datant de 1980. Vous le connaissez peut être, il s’appelle Virus. Il est historique dans le sens où il s’agissait du premier film à très gros budget japonais. Un film étonnant, qui tranche avec le genre habituel du cinéma japonais. Je l’ai retrouvé sur www.orpheane.com, où l’on peut le visionner gratuitement en streaming… Si cela vous intéresse... :)
Charlotte - 31.07.08 à 09:49 - # - Répondre -
← Virus
Bonjour! Je ne trouve pas le film "Virus", en revanche, le site a l'air très intéressant. Si vous pouvez me donner le lien précis, je vais y retourner. @+
vierasouto - 01.08.08 à 08:40 - # - Répondre -