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Italie sociale : "Giorni e nuvole" et "Il Resto della notte", Francesca Dellera présente "La Carne" de Ferreri

samedi 15 novembre 2008, 2° Festival Miracolo du cinéma italien



16 - 11
2008
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Riche soirée de samedi au festival Miracolo jusqu'au dernier métro : en première partie de soirée, deux films tentants  en simultané : d'un côté "Giorni e nuvole" de Sylvio Soldini, un film fort et dévastateur d'une sobriété exemplaire sur la chute sociale d'un couple de riches bourgeois gênois. De l'autre côté, la rétrospective Marco Ferreri attend l'interprète de "La Carne" ("La Chair", 1991), la belle Francesca Dellera, bombe italienne de la fin des années 80 : peau laiteuse, chevelure Boticellienne, lunettes transparentes couvrant des yeux bleu marine et son célèbre décolleté mortel moulé dans un lainage crème fin comme de la soie ; pourtant, en vrai, l'actrice est timide, pas férue de photos, demandant l'aide de J.Luc Favriau, le directeur artistique de l'Espace Cardin, qui pose avec elle pour la rassurer... Deux projections dans la grande salle, deux débats ensuite : après "Giorni et nuvole", l'acteur Giuseppe Battiston, découvert dans "Ciao Stephano" et déjà vu en ouverture dans "La Giusta distanza", accompagne le réalisateur Sylvio Soldini. Pour le débat après le second film projeté très tard "Il Resto della notte" de Francesco Munzi,  le regard bleu infini de Stephano Cassetti (il joue un junkie halluciné dans le film) et l'actrice Sandra Ceccarelli, austère, cheveux très courts, contrairement au film où elle interprète une bourgeoise névrosée. Les intentions du film, telles que les racontent les deux acteurs, sont très intéressantes et surprenantes, car à l'inverse de ce qu'on a compris!!!  (Le film présente les immigrés roumains comme des délinquants alors que le propos d'origine aurait été de lutter contre la discrimination, il faut vraiment le savoir...)

 
      Francesca Dellera ; Stephano Cassetti


  
Francesca Dellera et J.Luc Favriau


  
Giuseppe Battiston, Silvio Soldini, le réalisateur de "Giorni e nuvole"


Sylvio Soldini et Alba Catarina Rohrwacher


 
Après une luxueuse fête d'anniversaire, Michele annonce à son épouse Elsa qu'il est viré depuis deux mois de son  entreprise, qu'il va falloir vendre la maison hypothéquée et changer de train de vie. Annulé le voyage au Cambodge, licensiée la domestique à temps plein, pour lui payer ses indemnités, ils devront vendre leur bateau. Après un temps de révolte, Elsa, qui vient d'obtenir sa maîtrise d'histoire de l'art, va réagir avec courage et dignité tandis que, petit à petit, Michele se laisse aller. Très vite, le couple ne voit plus ses amis pour cacher leur situtation.

Le film est sobre et sans pathos, le récit factuel de l'enchaînement des événements depuis le chômage de Michele, le mari, le crescendo lent de la chute sociale, une marche après l'autre au quotidien, d'un riche couple de bourgeois ruiné qui découvre la vie modeste de la plupart de leurs compatriotes. Un film choc par ce qu'il raconte et par la manière minimaliste dont il le raconte sans jamais en rajouter, le récit d'une vie rétrogradée à l'âge de la pré-retraite où on ne retrouve plus de travail, où la qualification et l'expérience professionnelle deviennent un handicap pour accepter des petits boulots. C'est ainsi qu'Elsa trouve plus facilement des emplois intérimaires comme conseillère en télémarketing ou secrétaire remplaçante le soir. Michele, lui, a tant hésité à se dévaluer professionnellement qu'il a dévalé la pente, obligé in fine d'accepter de livrer des pizzas en Vespa, puis de dépendre de deux de ses anciens ouvriers au chômage pour lui apprendre à repeindre des appartements au noir. Quand les deux homme retrouvent du travail sur un chantier, Michele sombre et ne quitte plus son lit... 

Si la fin du film tente une sortie un brin optimiste, le coeur n'y est pas, on est dévasté par cette situation qui peut arriver à tout le monde, quelque soit son niveau de vie, tout ce qu'on croit posséder peut disparaître d'une minute à l'autre, la sécurité de l'emploi, de la santé, du  couple, de tout, n'existe pas, quand la catastrophe survient aussi rapidement qu'un accident de voiture, on se demande bien comment on osait de plaindre de broutilles la veille... Le meilleur film que j'ai vu depuis le début du festival.




Stephano Cassetti et Sandra Ceccarelli après la projection de "Il Resto della notte"

  
Sandra Ceccarelli


Stephano Cassetti et Sandra Ceccarelli
    


 
Soupçonnée sans preuves par sa patronne d'avoir volé une paire de boucles d'oreilles, Maria, une jeune fille roumaine employée de maison, est congédiée du jour au lendemain. Auparavant, Sylvana, la maîtresse de maison, habitant une villa cossue sur les hauteurs de la ville, quadragénaire névrosée, s'est sentie agressée par des enfants roumains dans la rue qui la collaient de trop près en rentrant chez elle... D'où, l'assocation d'idées d'accuser Maria de la disparition d'un bijou... Malgré les prostations de sa fille, Maria quitte la maison et se réfugie chez Ionut, un ancien fiancé qui sort de prison et dont on comprend qu'elle l'a fait souffrir dans le passé. Dès son arrivée, le petit frère de Ionut rejette Maria dont il pressent qu'elle va leur causer des ennuis et les diviser son frère et lui.


Bien qu'on ait appris avec étonnement pendant le débat que le film serait censé dénoncer l'absence d'intégration et le racisme envers les immigrés roumains en Italie, la manière dont on les montre dans le film tendrait à démontrer l'inverse : Maria avait volé les boucles d'oreille et parlera à Ionut de la cossue maison de ses anciens patrons, lui donnant l'idée d'y aller faire un casse sanglant avec un copain junkie... Si avec ça, Maria et Ionut sont présentés sous un bon jour... Le couple Sylvana et son mari n'est pas davantage gâté, il s'offre une jeunette dans des palaces qu'il couvre de cadeaux, elle entretient une dépression revêche. Non seulement, si je n'avais pas entendu les acteurs parler du film, je n'aurais jamais pensé qu'il s'agissait d'une lutte pour l'intégration mais plutôt le contraire, mais encore l'histoire n'est pas que cela : le personnage de Maria est une femme fatale plus ou moins malgré elle qui porte malheur à tous ceux qu'elle approche, ses patrons, leur fille, son ex-fiancé qu'elle se met à aimer à nouveau quand elle ne sait plus où loger. Inutilement compliqué, plusieurs histoires montées en parallèle, avec un message pour le moins ambigu, une noirceur extrême pas toujours justifiée, on peine à trouver des qualités à ce film.
 
 

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