20 - 11
2007
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Inspiré de la vie de l’écrivain russe Vladimir Sepian, mort en 1998, le film raconte la vie parisienne et la mort d’un émigré russe, devenu écrivain à succès par hasard dans le Paris des "2 Magots" des années 70 et ayant fini ses jours mort de faim dans la rue.
Un couple déjeune sur la terrasse de la "Closerie des lilas" à Montparnasse, 1974. L’homme, photographe, est fasciné par le visage émacié et le profil d'aigle noir d’un habitué des lieux. L’épouse du photographe (Judith Henry) intercède pour demander à l’aigle noir qu’il pose pour son mari, l’inconnu lui donne son adresse. Le photographe arrive dans un grand appartement cossu mais presque désert, un lit, des bouteilles de Vittel, l’inconnu s’appelle Viktor Atemian (César Sarachu) et semble habitué à poser, une complicité s’installe entre les deux hommes. Viktor Atemian devient un écrivain à la mode avec un seul livre «Fils de chien», il en fait des lectures à voix haute devant un public intello snob qui se pâme, il mime le chien , aboie. Puis, Viktor déménage, vend son appartement et habite dans un petit hôtel où il passera dix ans, tant qu’il peut le payer. Pendant toutes ces années, Viktor, qui se fait appeler à présent Ari Stéphane, écrit sans cesse mais il ne publiera rien.
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Viktor ne se confiera que très tard, en quelques mots, à une jeune élève à qui il donne des cours de russe pour survivre, il raconte son père déporté en Sibérie, sa fiancée restée là-bas, au photographe, son ami, muet, la plupart du temps, il ne dit rien, l'autre non plus, ils jouent ensemble à des jeux dadaïstes : envoyer des photos de Lacan à des adresses inconnues et revendre à prix d’or les lettres tamponnées par la poste à des collectionneurs. Partir l’un du jardin des Plantes et l’autre de la place Clichy et parier qu’ils vont de rencontrer sur le chemin pour revenir au quartier latin. Insidieusement, la lassitude use les relations de Viktor, un étudiant lui prête sa chambre, la cuisine d’un restaurant lui donne des restes, le temps est loin où il payait le prix fort deux places de concert et en offrait une à une belle inconnue (Mireille Perrier) qui l’invitait chez "Lipp" pour le remercier. Impitoyable scène où le photographe, apercevant Viktor sur affalé sur un banc, passe son chemin...
C’est un film qui décrit les faits, un récit factuel avec une drastique économie de mots et de gestes, soucieux de ne faire aucune psychologie, de ne porter aucun jugement, le spectateur se fera une idée tout seul. Pendant les deux tiers du films, les dates défilent, de 1974 aux années 90 en passant par les années 80. Pendant ce temps, les lieux et les gens changent, jusqu’à ce qu’on voit apparaître les Quick, les hamburgers, les interdictions de fumer. Pendant les conférences de Lacan, les étudiants fumaient dans les amphis, une autre époque. Mais le changement n’est pas spectaculaire d’autant qu’on demeure dans le quartier de Montparnasse fossilisé dans un passé mythique où chaque génération se réclame de la précédente. Les sujets de conversation et les centres d'intérêt donnent une indication, l’apologie de l’URSS, par exemple, le goulag qu’on découvre, Soljenitsyne ("L'Archipel du goulag") ou l'annonce à la télé de l'élection de Mitterand en mai 1981.
Un film qui vous immerge dans une époque où on avait le temps jusqu’aux années 90 où on n’a plus le temps, plus de temps à perdre. On passe graduellement d’une époque où on s’autorisait plein de choses inutiles, une sortie de ritualisation de l’oisiveté, des discussions abstraites où on refaisait le monde, où les artistes avaient un statut, pauvres ou riches, à une époque matérialiste, individualiste où l’art est devenu un marché.
Au bout de 1h30, on ne connaîtra de Viktor que son comportement, son incapacité à s’adapter, son inconsolabilité chronique, son refus systématique des concessions, sa révolte atavique, sa volonté de liberté tournant à l’absurde, ses déambulations, physiques ou mentales, il marche, il écrit… Mais à quoi pense-t-il ?
Ce film aride est une plongée dans une époque : comment on la filmait et ce qu’on y faisait. Film déroutant, décourageant parfois, dépouillé jusqu’à l’ascèse comme son héros, clinique dans son autopsie d’une vie, on finit néanmoins par s’attacher par défaut à cet aigle noir et à ses silences, bien tard, trop tard, tandis que son entourage s’en détache…
Un couple déjeune sur la terrasse de la "Closerie des lilas" à Montparnasse, 1974. L’homme, photographe, est fasciné par le visage émacié et le profil d'aigle noir d’un habitué des lieux. L’épouse du photographe (Judith Henry) intercède pour demander à l’aigle noir qu’il pose pour son mari, l’inconnu lui donne son adresse. Le photographe arrive dans un grand appartement cossu mais presque désert, un lit, des bouteilles de Vittel, l’inconnu s’appelle Viktor Atemian (César Sarachu) et semble habitué à poser, une complicité s’installe entre les deux hommes. Viktor Atemian devient un écrivain à la mode avec un seul livre «Fils de chien», il en fait des lectures à voix haute devant un public intello snob qui se pâme, il mime le chien , aboie. Puis, Viktor déménage, vend son appartement et habite dans un petit hôtel où il passera dix ans, tant qu’il peut le payer. Pendant toutes ces années, Viktor, qui se fait appeler à présent Ari Stéphane, écrit sans cesse mais il ne publiera rien.
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Viktor ne se confiera que très tard, en quelques mots, à une jeune élève à qui il donne des cours de russe pour survivre, il raconte son père déporté en Sibérie, sa fiancée restée là-bas, au photographe, son ami, muet, la plupart du temps, il ne dit rien, l'autre non plus, ils jouent ensemble à des jeux dadaïstes : envoyer des photos de Lacan à des adresses inconnues et revendre à prix d’or les lettres tamponnées par la poste à des collectionneurs. Partir l’un du jardin des Plantes et l’autre de la place Clichy et parier qu’ils vont de rencontrer sur le chemin pour revenir au quartier latin. Insidieusement, la lassitude use les relations de Viktor, un étudiant lui prête sa chambre, la cuisine d’un restaurant lui donne des restes, le temps est loin où il payait le prix fort deux places de concert et en offrait une à une belle inconnue (Mireille Perrier) qui l’invitait chez "Lipp" pour le remercier. Impitoyable scène où le photographe, apercevant Viktor sur affalé sur un banc, passe son chemin...
C’est un film qui décrit les faits, un récit factuel avec une drastique économie de mots et de gestes, soucieux de ne faire aucune psychologie, de ne porter aucun jugement, le spectateur se fera une idée tout seul. Pendant les deux tiers du films, les dates défilent, de 1974 aux années 90 en passant par les années 80. Pendant ce temps, les lieux et les gens changent, jusqu’à ce qu’on voit apparaître les Quick, les hamburgers, les interdictions de fumer. Pendant les conférences de Lacan, les étudiants fumaient dans les amphis, une autre époque. Mais le changement n’est pas spectaculaire d’autant qu’on demeure dans le quartier de Montparnasse fossilisé dans un passé mythique où chaque génération se réclame de la précédente. Les sujets de conversation et les centres d'intérêt donnent une indication, l’apologie de l’URSS, par exemple, le goulag qu’on découvre, Soljenitsyne ("L'Archipel du goulag") ou l'annonce à la télé de l'élection de Mitterand en mai 1981.
Un film qui vous immerge dans une époque où on avait le temps jusqu’aux années 90 où on n’a plus le temps, plus de temps à perdre. On passe graduellement d’une époque où on s’autorisait plein de choses inutiles, une sortie de ritualisation de l’oisiveté, des discussions abstraites où on refaisait le monde, où les artistes avaient un statut, pauvres ou riches, à une époque matérialiste, individualiste où l’art est devenu un marché.
Au bout de 1h30, on ne connaîtra de Viktor que son comportement, son incapacité à s’adapter, son inconsolabilité chronique, son refus systématique des concessions, sa révolte atavique, sa volonté de liberté tournant à l’absurde, ses déambulations, physiques ou mentales, il marche, il écrit… Mais à quoi pense-t-il ?
Ce film aride est une plongée dans une époque : comment on la filmait et ce qu’on y faisait. Film déroutant, décourageant parfois, dépouillé jusqu’à l’ascèse comme son héros, clinique dans son autopsie d’une vie, on finit néanmoins par s’attacher par défaut à cet aigle noir et à ses silences, bien tard, trop tard, tandis que son entourage s’en détache…
Note CinéManiaC :
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casting.
César Sarachu, étonnant interpréte de l'écrivain russe au physique indélébile, est connu des amateurs des films des frères Quay "Institut Benjamenta" et "L'Accordeur de tremblements de terre". On retrouve dans un petit rôle l'étrange Mireille Perrier au charme indéfinissable et Judith Henry dans le rôle de l'épouse du photographe. Ingénieux casting!
Ce film est en compétition aux 13° rencontres internationales de cinéma à Paris du 28 novembre au 4 décembre, lire le programme...
César Sarachu, étonnant interpréte de l'écrivain russe au physique indélébile, est connu des amateurs des films des frères Quay "Institut Benjamenta" et "L'Accordeur de tremblements de terre". On retrouve dans un petit rôle l'étrange Mireille Perrier au charme indéfinissable et Judith Henry dans le rôle de l'épouse du photographe. Ingénieux casting!
Ce film est en compétition aux 13° rencontres internationales de cinéma à Paris du 28 novembre au 4 décembre, lire le programme...
Mots-clés : avant-Premières, cinéactuel, cinéma français, L'Homme qui marche, Aurélia Georges







































































