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"L'Orphelinat" : pourquoi ce film explose le box-office espagnol

J.A. Barona, sortie le 5 mars 2008



14 - 02
2008
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J’ai vu ce film hier en avant-projection et pour renforcer le côté fantastique de l’affaire, je ne trouvais pas la salle de projection… Invitée au cinéma Lincoln, derrière les Champs Elysées, j’atterris au studio Lincoln, un ascenseur en métal en plein air…un sous-sol…, c’est la mauvaise adresse, on me dit que c’est chez Pathé à côté, à gauche en sortant dans la rue Lincoln… Mais impossible de trouver la salle, je tourne en rond, un homme vient à ma rescousse qui remonte justement du sous-sol visité par erreur, il m’a reconnue, il m’indique une cour voisine, prenez la diagonale, il dit ! Enfin ! Le film vient de commencer depuis 5 minutes, je me faufile, aussi silencieuse qu’un fantôme de l’Orphelinat.

Car c’est une histoire de fantômes, une histoire d’amour fou, une histoire d’un passé trop lourd, inconsolable, immémorable, qu’on voudrait réparer, consoler, corriger, une histoire de l'impossible deuil de l’enfance, d'une regression incontournable pour affronter les souvenirs, une histoire de refuge dans le fantastique que ce soit mentalement ou à l'image, c'est la force du film.

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photo Wild Bunch

Ainsi, Laura, qui a passé son enfance dans un orphelinat au bord de la mer, garde le souvenir d’avoir été choyée, entourée par l’encadrement et ses camarades de l’époque. Avec son mari Carlos, médecin, elle rachète la bâtisse avec le projet d’ouvrir un foyer pour enfants handicapés et s’y installe avec leur fils Simon. L’enfant, victime d’une maladie chronique et soumis à un traitement médicamenteux, ignore de surcroît qu’il a été adopté mais les fantômes de l’orphelinat vont se charger de l’en informer…  Le cadre mystérieux et labyrinthique de l’Orphelinat, l’imagination de Simon et les fantômes d’enfants orphelins qu’il dit ses amis mais que nient ses parents, vont l’entraîner dans un ailleurs fantasmagorique, fantastique, horrifique, d’où personne ne reviendra indemne… Bien que ses parents tentent de rationaliser le comportement de Simon, Laura, la mère, est sceptique, aspirée elle aussi par les fantômes de son fils qui font écho aux souvenirs lointains et refoulés de son enfance à elle dans l’orphelinat. Des souvenirs, moins angéliques et plus complexes qu’elle ne s’en rappelait, la hantent bientôt, les fantômes de ses camarades que la psychologue de la police lui montre sur une photo sépia de l’époque où elle est là, Laura, posant au cœur du groupe, avec ses anciens amis, ces enfants qu’enfant, elle aimait…



photo Wild Bunch

Ce premier film d’un réalisateur espagnol, J.A. Bayona, film produit par Guillermo del Toro, possède la touche d’une esthétique un peu désuète ou plutôt d’un classicisme esthétique oublié, une beauté figée, intemporelle mais datée, dont on avait pris le parti de se passer au cinéma aujourd’hui où tout doit être speed, les émotions immédiates, bâclées, relayées immédiatement par la suivante, un gavage de sensations. Ici, c’est l’inverse, à une esthétique à deux faces, rêve et cauchemar, les masques en tissu, les monstres, le visage dévasté d’un enfant, correspond la dichotomie d’une existence à la fois trop lisse et trop lourde de souvenirs.  Il faut attendre une bonne demi-heure pour que survienne dans le film le premier événement horrifique qui vous décolle de votre siège, il y en aura peu mais suffisamment, on vous endort, on vous réveille en sursaut, rêve ou réalité ? Quelques passages habilement filmés dans la vitesse, la précipitation pour les moments de panique, les bruits domestiques qui terrorisent dans la nuit, portes qui grincent, claquent, bruits de pas, sensations d’une présence étrangère, rien que de très classique mais réactivant pour chaque spectateur…

Leur fils Simon brusquement disparu lors d’une fête particulièrement éprouvante (avec les enfants handicapés invités dans l’orphelinat, ceux du présent destinés à être accueillis dans le nouveau foyer, mais portant les masques en tissu du passé, des fantômes), Laura et Carlos vont tenter toutes les recherches. Comme faire appel à une medium (terrifiante Géraldine Chaplin, confinée désormais à ces rôles de sorcières) qui sondera l’espace de l’orphelinat à la recherche des fantômes des enfants… Laura, peu à peu, s'enfonce dans son passé, le miroir de la réalité est franchi quand elle porte adulte une blouse grise d'orpheline pour retrouver son enfant et son enfance, ses souvenirs d'enfance...


photo Wild Bunch

Ne racontez pas la fin, dit le dossier de presse ! Il n’en est pas question… Mais la fin est infiniment belle et douce et son contraire, impitoyable et inéluctable, bien qu’on tâtonne un peu, la fin a failli être loupée, sauvée in extremis, le réalisateur semble hésiter, osera-t-il, jusqu’où osera-t-il, jusqu’où peut-on oser le compromis avec le deuil? Comme le disais mon confrère blogueur Laterna Magica dans sa critique du film, il manque un je ne sais quoi à ce film pour en faire un grand film. Peut-être un problème de rythme, peut-être une lenteur à faire émerger l’émotion, voire un temps un peu long pour installer l’histoire une certaine langueur à laquelle on n’est plus du tout habitués. Un film de qualité, comme on dit, qu’il s’agisse de l’interprétation (Belén Rueda dans le rôle de Laura), de l’image, du scénario, pas un film choc mais une œuvre ciselée, effleurée, dosée, un film à effet retard dont on se souvient longtemps.

Au box-office espagnol, ce film a battu les records d’entrées de tous les temps, en France, on risque bien d’être tenté d’aller aussi réserver sa place parmi les fantômes de l’Orphelinat, on risque bien également d’aller y convoquer ses propres fantômes…
 

 

photo Wild Bunch

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