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"Les Faussaires" : impressions des camps

57° Festival de Berlin, compétition 2007, Stefan Ruzowitzky, sortie 6 février 2008



23 - 01
2008
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C'est une histoire vraie de l'Histoire avec un H de la dernière guerre mondiale. Un groupe de déportés juifs, qu'on fit venir de camps de concentration différents, dont certains de l’enfer d’Auschwitz, fut transféré et réuni dans le camp de Sachsenhausen pour fabriquer de la fausse monnaie, l’opération Bernhard... Car ils étaient tous imprimeurs, photograveurs, photographes, illustrateurs, voire faussaires de profession… C’est le cas du héros, Salomon Sorowitsh, dit Sally, roi des faussaires avant guerre arrêté par le commissaire de police Herzog chargé des contrefaçons et envoyé au camp de Mauthausen. Arrêté pour une nuit de trop avec une belle (Dolores Chaplin) qui l’a fait traîner en ville car Sally est un frimeur, un jouisseur, un homme qui aime les palaces, les casinos, le jeu et les femmes.

Au bout de quelques années, Sally qui s’en tire mieux que les autres au camp de Mauthausen grâce à son coup de crayon vite repéré, exécutant multe portraits des officiers et leur famille, est transféré au camp de Sachsenhausen. 140 hommes triés sur le volet pour leur expertise en imprimerie sont parqués dans un pavillon, "une cage doreé", à l’écart des prisonniers ordinaires, dans des conditions à peu près décentes, surtout par rapport aux autres : des lits avec des draps propres (l’odeur des draps propres les fait chavirer), de la nourriture, une douche par semaine qui leur fait plus peur qu’autre chose (ils craignent d’être gazés ensuite…) et une table de ping-pong, même si il faut jouer en faisant abstraction des cris dehors des prisonniers du camp qu’on martyrise, qu’on torture, voire qu’on tue d’une balle dans la tête pour un oui, pour un nom.

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photo Rezofilms
 
La vie dans le camps est filmée d’une manière réaliste sans voyeurisme, ce n’est pas le sujet focalisé sur le groupe des imprimeurs mais le réalisateur ne fait pas impasse sur l’horreur. Certaines scènes sont dures à pleurer, on est dévasté par l’indignation et la tristesse et on a du mal, comme les protagonistes, à s’intéresser aux faux billets. Petit à petit, sous la houlette d’Adolf Burger, une sorte de résistance s’organise avec des fluctuations, retarder l’émission des faux dollars pour contrer les allemands, point de vie radical et idéaliste de Burger, prêt à mourir, tout en évitant de se faire tuer pour rébellion, point de vue pragmatique de Sally Sorowitsh, réaliste, les hommes inventent par exemple que la gélatine ne prend pas… Filmé de façon plus efficace qu'artistique avec des plans rapprochés, du mouvement, des couleurs assez stylisées, le rouge et le jaune (intérieurs), le brun et gris (les camps), on tend à immerger le spectateur dans la sinistre réalité du quotidien de ces hommes, à être "au plus près" de l'humain, excepté les quelques scènes avant et après la guerre dans les hotels de luxe, des bars, etc...

Le personnage de Sally Sorowitsh est une sorte d’Arsène Lupin séducteur, tricheur, joueur, faussaire, qui fascine le commandant Herzog, le policier qui l’avait arrêté autrefois devenu chef de l’opération Bernhard : c'est lui qui fait  transférer Sally et le nomme responsable de l'atelier, le considérant comme un génie de la fausse monnaie. Sally Sorowitsch (initiales...) est un voyou qui n’aurait eu dans la tête que de sauver la sienne si les circonstances tragiques ne l’avaient forcé à devenir compassionnel, généreux, solidaire. Le contraire du commandant nazi SS Herzog, plus borné à exécuter les ordres que sadique, n’en rajoutant pas, sujet à des enthousiasmes, à des sympathies, sans doute un homme à peu près fréquentable en temps de paix… La question se pose alors, le commandant SS Herzog a-t-il sauvé ces hommes en les utilisant? Il a sauvé leur vie mais peut-on de remettre du retour des camps (un des imprimeurs se suicide à quelques brasses de la libération … )


photo Rezofilms

Le réalisateur autrichien Stefan Ruzowitzky parle dans une interview, à propos de la sortie du film, de son intérêt pour le sujet du nazisme, vivant aujourd’hui dans un pays, l’Autriche, accordant 20% de suffrages aux candidats populistes d’extrême-droite "... intolérablement proches de l’idéologie nazie...", no comment… L'acteur autrichien interprétant Sally, Karl Markovics, est connu internationalement grâce à au feuilleton télé "Rex : a cops' best friend", pour ma part, vu pour la première fois ici, je le trouve est assez génial et charismatique, on l'aime tout de suite!

Le film est tiré dans livre "L’Atelier du diable" écrit par l’imprimeur Adolf Burger, un des survivants de l’opération Bernhard… Quant au faussaire réel qui a inspiré le personnage de Sally, on perd sa trace après la libération, selon certains, il flambe tout au casino de Monte-Carlo et mourra ensuite en Argentine dans les années 60 où il "revisitait" des tableaux de grand maîtres… Que sont devenus les faux billets ? Les nazis, en passe de perdre la guerre, jetèrent les faux dollars dans un lac après avoir inondé l’Angleterre de Livres sterling…


Un film parfois très dur mais se regardant néanmoins comme un film possédant un suspense, un film pour tous les publics avec des moments terriblement humains, voire un brin d'humour, avec la vocation aussi bien de raconter une histoire que d'informer, témoigner, mettre en garde. Un témoignage essentiel sous l'angle d'un récit un peu policier... 
 


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