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"Macunaima" : comédie allégorique sous acide

Joaquim Pedro de Andrade, 1969, reprise 20 juin 2007



21 - 06
2007
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Présenté en ouverture (mercredi dernier) de la rétrospective à la cinémathèque sur Joaquim Pedro de Andrade, la comédie unique en son genre "Macunaima" (film sorti aujourd’hui 20 juin en salles). Figure titanesque du Cinema novo comme Glauber Rocha, JPDA renaît, car la plupart de ses films auraient été condamnés à la poubelle sans les efforts titanesques de ses enfants pendant des années pour récupérer les négatifs de copies disséminées partout à travers le monde. Les éditions Carlotta finiront par récupérer le dossier et éditer l’intégrale des films en numérique visible à la cinémathèque du 13 au 24 juin (avec sortie du coffret DVD de tous les films de JPDA le 4 juillet, je crois...).

S’agissant du film "Macunaima", vrai succès public de son temps (1969), on est sidéré par l’OCNI (objet cinématographique non identifié)… A première vue, on dirait un film hippie sous acide, un trip seventies psychédélique. Il y a de ça, d’ailleurs… En creusant un peu, JPDA exploiterait là la veine des comédies brésiliennes des années 50 : les chanchadas dont l’acteur Grande Otelo est l’une des figures les plus connues, rejoignant le courant culturel Brésilien du Tropicalisme des années 60/70, « duel entre le kitsch et le pop, exacerbation de l’allégorie et expressionnisme grotesque, goût de la parodie et humour ravageur … » (extrait de la fiche Carlotta sur le film)




photo Carlotta films


Macunaima, héros opportuniste sans caractère que mauvais et grincheux, est né au fond de la jungle d’une mère indienne. On n’oubliera pas de sitôt la scène de l’accouchement : une femme vêtue de drap blanc, jouée par un homme ! ! !, accouche d’un vieillard noir (Grande Otelo) qui tombe par terre sur le sol d’entre ses jambes, sommet de loufoquerie ! De noir et vieux et laid, Macunaïma devient blanc, jeune et beau (changement d’acteur pour Paulo José), après avoir été lavé par un geyser magique, le frère arrivant trop tard restant noir… Parti pour la ville avec ses frères, il va tomber amoureux de la guerillera Ci qui lui offrira une amulette, le Muiraquitam. Plus tard, il va lutter contre le milliardaire Pietro Pietra, présenté sous la forme d’un géant cannibale, pour récupérer cette amulette.

Film aux couleurs criardes et bariolées, aux personnages déguisés, aux voix stridentes, aux situations loufoques, tout y est outré jusqu’à l’absurde et au grotesque, tout y est allégorique, satyrique et parodique. Ce qui n’exclut pas une certaine violence avec des moments quasiment gore comme ce grand-père qui donne à manger à son petit-fils un morceau de son propre mollet (et hurle « chair de ma jambe ! »…) ou ces cadavres sanguinolents comme des steaks au fond de la piscine pendant une soirée dans un palais…


 
photo Carlotta films 

Sylvie Pierre, spécialiste du cinéma novo et directeur de la revue "Traffic" (un dossier bientôt sur JPDA dans le prochain numéro d'été), a dit du film qu’il était à la fois résistant et patriote, ce qui peut sembler contradictoire. C’est à dire à la fois une critique du régime et un chant de bonheur d’être brésilien, comme chez Glauber Rocha, sorte de cinéma politique et poétique inconnu chez nous.

Un film à voir de toute façon, pour une curiosité, c’en est une…


Court-métrage précédant "Macunaima" : "Couro de gato" ("peau de chat")


un superbe film poignant dans la mouvance néosréalisme italien sur la dureté extrême de la vie des populations si pauvres au Brésil qu'on y fait un trafic des chats volés pour fabriquer des tambourins au moment du Carnaval. Ainsi, un petit garçon d'une favella s'est attaché à un beau chat blanc angora qu'il a dérobé à une riche bourgeoise des beaux quartiers mais il va devoir se résigner à s'en séparer... pour un billet de quelques réais... Tourné en noir et blanc, un film quasiment muet à cause du manque d'argent pour le son ayant été enregistré ensuite en France sans les acteurs brésiliens...


sortie du coffret DVD "Macunaima" seul ou coffret 5 films Joaquim Pedro de Andrade chez Carlotta, juin 2007.





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