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"No Country for old men" : le looser, le tueur et le shérif

Cannes 2007, compétition, Joel et Ethan Coen, sortie le 23 janvier 2008



25 - 01
2008
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Quel film impressionnant! Je ne trouve pas d'autres mots, le niveau d'exigence était pourtant maximum compte tenu des critiques dithyrambiques partout dans les médias. Un film parfait, paysages sublimes, interprétation géniale, mise en scène superbe, ce film a tout. Captivant, terrifiant, émouvant quelquefois, noir c'est noir émaillé d'un brin d'humour par ci par là, on est immergé dans cette région désertique du Texas, l'Ouest dans toute son immensité sauvage et sa pluie de cadavres. On attend le tueur fou, on le craint, on le fuit, on suit les personnages, scotché à l'écran, on anticipe leurs réactions, même la violence est toujours justifiée, du grand art.

Pour un bidon d'eau qu'il rapporte en pleine nuit à un mourrant,la vie de Llewelyn va basculer... Sans oublier cette valise de billets, 2 Millions de dollars, qu'il a trouvée dans un parking au milieu de nulle part sous les arbres où tous les occupants des voitures (des pick-ups) avaient été massacrés, un vrai carnage. Seul un rescapé bien mal en point avait tenté de lui demander de l'eau, sans succès... Llewelyn aurait-il échappé à la traque si il était resté dans son lit, dans sa caravane avec sa femme, au lieu de retourner sur les lieux d'un crime qu'il n'a pas commis avec son bidon d'eau? Pendant ce temps, un certain Anton Chigurh tue pour le plaisir, première scène où on fait connaissance avec un Javier Bardem, coiffé d'une coupe au bol de moine, qui étrangle le policier qui l'escortait avec un râle de plaisir, le meurtre commis. Anton Chigurh tue aussi pour une simple contrariété, une question posée par un garagiste, un mot de trop. Fou furieux, Chigurh est empêtré dans des rituels de pile ou face, voire dans des délires de parole qu'il s'est donnée...


 
© Paramount Pictures France Galerie complète sur AlloCiné


Pendant que Llewelyn, le looser, qui croit avoir gagné au Loto, fuit dans tout le pays, du Texas au Mexique, avec la valise de billets qui pourrait le sortir enfin de sa médiocrité, le shérif, justicier fatigué, traîne sa lassitude à suivre Chigurh, le tueur exterminateur, qui recherche la valise. Le point faible de ce vétéran du Vietnam qui n'a peur de rien, pas même du tueur fou, c'est sa femme Carla-Jean, les rapports du couple sont assez touchants, bougons, complices.

Quel casting éblouissant, Javier Bardem est hallucinant, indescriptible, avec le calme des fous qui ne se rendent pas compte de leur folie, qui croient raisonner, fonctionner normalement, il n'est même pas antipathique, on est au delà de ça. C'est le sang-froid d'Anton Chigurh, son personnage de tueur psychotique, qui est bluffant, rien ne le pertube quand il tue, rien ne l'en dissuade, blessé à mort, il a l'idée de génie de mettre le feu à une voiture garée devant la pharmacie pour pouvoir voler des produits dans l'arrière-boutique pendant que tout le personnel se précipite sur le trottoir, affolé... Des idées comme ça, Chigurh n'en manque pas... Ni de moyens avec sa bouteille d'air comprimé à  tuer les bovins qu'il utilise pour ouvrir les portes, voire pour tirer dans le front de ses interlocuteurs, une scène est particulièrement grotesque dans la monstruosité où Anton demande leur lampe de poche à deux hommes pour les voir quand il les abat.

Tommy Lee Jones dans le rôle de ce shérif déprimé, accablé par la violence de la société, dépassé, est remarquable, comme toujours, mais il a un second rôle, encore que ,si on le voit moins que les autres, c'est lui, le vieil homme qui ne reconnaît plus son pays, n'y trouve plus sa place, encore moins sa mission. Le shérif ouvre et ferme le film, cette fin du film beaucoup plus lente à qui on peut éventuellement reprocher quelques longueurs mais il s'agit plutôt d'une rupture de rythme. Les deux personnages principaux sont Anton Chigurh/Javier Bardem et Llewelyn/Josh Brolin. Personnellement, je ne connaissais pas cet acteur mais il largement est au niveau des deux autres, après un rôle pareil, les réalisateurs risquent de penser souvent à lui.

Le film comporte des moments fréquents de violence radicale, sans complaisance, ça se passe ainsi entre les trafiquants, les tueurs, lors des deals de came qui tournent mal. Certaines spectatrices sont sorties de la salle, quelques unes... On est prévenu quand on va voir ce genre de film, pour les personnes sensibles, on peut zapper deux trois passages mais c'est supportable! (rien à voir avec la violence extrême et sadique d'un film comme "Les Promesses de l'ombre").

Que puis-je ajouter? Le film est stupéfiant de réussite, tout est nickel, une vraie leçon de cinéma, beau début d'année, déjà "Lust, caution", à présent "No Country for old men", le cru 2008 démarre fort!



 
© Paramount Pictures France Galerie complète sur AlloCiné

 

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Note : 3.7/5 (9 notes)



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Commentaires

Bonsoir,
Je viens de découvrir le film et je partage spontanément ton enthousiasme. Et l'on a déjà tant dit sur les frères Cohen, quand leurs dernières réalisations me semblaient au mieux charmantes, et au pire fort complaisantes, que je ne m'attendais presque plus à rien malgré les louanges... Et bien : quelle heureuse surprise !
D'ailleurs, il faut vraiment que je le revois... Mais pour l'instant, je prends le temps de nager encore dans mon bonheur un peu béat, et ton article m'aide bien à faire durer le plaisir :-)

D&D - 09.03.08 à 01:53 - # - Répondre -

la perfection existe au cinema, parfois...

Bonsoir! C'est vrai que le niveau d'attente était immense compte tenu des louanges et j'ai été scotchée par ce film, moi aussi, quand j'ai la magie d'un film dans la tête, à la limite, je n'ose plus le revoir de peur de casser quelque chose!!! Ca m'a fait ça l'autre jour pour "Assurance sur la mort" mais c'était tjs génial! Pour revenir à "No country for old men", je crois que c'est pour avoir vu ce film parfait que j'ai été nettement moins emballée par "There will be blood", il tombait mal à côté de celui des frères Coen! @+ Bon dimanche!

vierasouto - 09.03.08 à 04:18 - # - Répondre -

Ce que tu dis par rapport à There Will Be Blood, fait directement écho à ma crainte !... Je crois que je repousse au maximum le moment de le voir parce que la barre est particulièrement haute avec les Coen, et qu'on est ici sur des terrains proches (au départ) par de nombreux points. A la limite, ce qui joue en sa faveur, c'est que je n'ai jamais encore trouvé Anderson aussi intéressant que les Coen avaient pu l'être dans Barton Fink par exemple, donc ça doit rééquilibrer un peu le risque de l'attente, en ce qui me concerne.
Enfin, je te viendrai lire ton article sur le Anderson quand je l'aurai vu et je te ferai part de mon ressenti.
Bon dimanche à toi également :-)
PS : je n'ai pas encore vu Assurence sur la mort, autant dire qu'à te lire j'ai plus hâte que jamais.
 

D&D - 09.03.08 à 04:41 - # - Répondre -

No Country for Old Men

Bonjour,

Le film des frères Coen se suit avec grand plaisir la première heure. Dommage quel la dernière partie soit aussi elliptique et brumeuse. Dommage aussi que le personnage Tommy Lee Jones ne soit pas plus présent à l'écran (son personnage étant le héros du livre). En tout cas, Javier Bardem est génial !

Amicalement,

Shin.

Shin - 12.04.08 à 15:35 - # - Répondre -

la fin de "No Country for Old Men"

Bonsoir! Je crois qu'il n'y a pas un héros mais trois anti-héros et Tommy Lee Jones en particulier est justement ce vieil homme pour lequel il y a "no country for old men", il n'a plus sa place dans cet Ouest qu'il ne reconnaît plus, la fin est courageuse car elle moins facile, "brumeuse", comme tu dis, il y a une sorte de nostalgie, difficile de montrer l'immontrable, le ressenti, mais, personnellement, ça ne m'a pas gênée, l'enchaînement m'y a entraînée. @+

vierasouto - 13.04.08 à 03:29 - # - Répondre -

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