20 - 07
2007
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dans le film :
Ca commence par une attaque de banque de Sonora. Le chef de la bande, Johnny Rio (Marlon Brando) est assis sur le comptoir pendant qu'un complice (Doc / Hank Worden, le pasteur de l'Alamo de John Wayne ; c'est à peine si on le reconnaît tant son rôle est court et quasiment muet, mais ça me fait tellement plaisir de citer le nom d'un de ces spécialistes des rôles de 23ème plan sans lesquels le western serait resté un genre stérile. Dans la même veine, on aura aussi plus loin les apparitions de Rodolfo Acosta en capitaine de la police mexicaine, ou de William Forrest au guichet d'une autre banque. Sans compter l'apparition de Timothy Carey en odieux macho fêtard - encore qu'avec Timothy Carey, on soit plus dans le lourd - ) se fait remettre la caisse. Rio surveille les clientes parquées sur le côté (les clients mâles sont couchés face au sol) pendant le braquage, un œil amusé par une d'entre elles qui tente de dissimuler une bague. Avant de sortir finalement, après que les complices (et on voit apparaître son second, Dad Longworth / Karl Malden) aient chargé les sacoches pleines du butin sur les montures garées devant la banque, dans une lenteur charmeuse et le sourire enjôleur, il prend le temps de récupérer la bague subtilisée en concluant d'un hochement du canon de son revolver qu'on a davantage l'habitude de voir effectué par le doigt d'une mère attendrie tançant son galopin de rejeton.
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Puis les trois forbans montent sur leurs chevaux et se dirigent vers la
sortie de la ville, cependant que les clients sortent de la banque et
ameutent les passants puis la police montée. Les gredins atteignent la
ville voisine pendant que la poursuite s'organise et ont le temps de
s'y séparer : Doc et Dad vont faire un tour dans une maison close où
Dad entreprend un tête-à-tête à l'étage tandis que Doc fait la fête
avec les filles restantes dans la salle principale du rez-de-chaussée ;
Rio va jouer le joli cœur auprès d'une jolie bourgeoise à mantille en
lui servant un discours visiblement bien rôdé de ténébreux au cœur
tendre offrant en gage de sa passion la bague que sa mère lui aurait
léguée sur son lit de mort (eh oui, la bague de la cliente a vite
trouvé un nouvel emploi). La police arrive sur ces entre faits et
investit la maison close, laissant Doc sur le carreau tandis que
Longworth parvient à s'enfuir et à foncer alerter Rio près de conclure.
La bague est récupérée en une seconde au doigt de la belle et les deux
compères s'enfuient au triple galop, la milice sur les talons.

La poursuite les mène aux portes du désert au sommet d'une colline où le cheval de Rio est abattu. Profitant de leur position en surplomb, les deux fuyards font une pose de réflexion et décident de se séparer : Rio restera pour soutenir le siège et Longworth ira à la ferme voisine récupérer des montures fraîches. Le choix des rôles se fait au tirage au sort, truqué cependant par Rio qui se sacrifie volontairement pour la position la plus ingrate. L'amitié des deux complices n'est donc pas à sens unique, Longworth n'ayant pas hésité à réduire ses chances d'échapper à la milice en allant prévenir Rio chez sa dulcinée, et Rio prenant la place la plus périlleuse sur la colline.
Arrivé à la ferme, Longworth obtient dans un premier temps les deux
chevaux convoités, puis se ravise et détale vers la liberté en gardant
le butin pour lui seul. Pendant ce temps, la Garde finit par se saisir
de Rio à l'occasion d'un vent de sable aveuglant et se lance à la
poursuite du fuyard. Arrivés à la ferme, ils constatent avec Rio la
désertion de son ami, et cessent la poursuite en se contentant de leur
seul prisonnier trahi.
Cinq ans plus tard, Rio parvient à s'évader en compagnie de Chico
(Larry Duran), son compagnon de chaînes, de la prison de Sonora qui l'a
retenu depuis sa capture. Un seul objectif le tient : retrouver la
trace de Longworth et lui faire subir sa vengeance. Rio et Chico
écument alors les endroits où Longworth pourrait être connu et
finissent par tomber sur Bob Amory (Ben Johnson) et Harvey Johnson (Sam
Gilman), une paire de gredins qui, impressionnés par la réputation de
Rio, accepte de les mettre sur la voie en échange de leur participation
au braquage de la banque de Monterey, la ville dont le traître est
justement devenu sheriff.
Le centre de l'histoire est ainsi atteint, avec le déroulement des retrouvailles, la mise en place de la vengeance de Rio, l'organisation de la défense de Longworth. Là se situent les deux seuls vrais rôles féminins du film : Maria (Katy Jurado, «la» femme mexicaine du cinéma américain des années 50), la femme de Longworth, et Louisa (Pina Pellicer et sa magnifique voix grave et chaude dans un corps si frêle et si fluet) sa belle-fille.
sur le film
Pour
un western, on était un peu loin des cavalcades habituelles et des
caractères tranchés. Diable, cet animal de Brando m'avait fichu la
trouille. C'est que non seulement il nous la jouait ténébreux et «j'en
pense pas moins» comme il sait (ou plutôt savait) tant le faire, mais
en plus, après la démission de Stanley Kubrick qui avait entamé le
travail, il s'était mis lui-même à la réalisation pour la première et
seule fois de sa carrière.
Et de fait, outre l'histoire qui n'est pas des plus mauvaises, on a
droit à une étude de caractères à laquelle le western de genre ne nous
avait pas habitués. La plupart des personnages principaux sont à
facettes multiples. Nul n'est bon ou mauvais. Chacun porte une part
d'ombre et une part de lumière. Et les caractères sont rendus presque
davantage par les expressions, les silences, que par les discours et
les actes. Les bagarres sont quasiment stylisées, chorégraphiées, voire
même au-delà du crédible. Rio s'emporte contre Amory, et c'est un
gladiateur qui se dresse de sa chaise et renverse la table de poker,
qui recule à pas lents en envoyant promener d'une ruade la chaise
renversée qui gène son déplacement, qui se retourne comme dans un pas
de danse dans la continuité du mouvement pour enfin sortir de la pièce.
Rio corrige un ivrogne rudoyant une prostituée, et c'est à peine si
l'on croit que les coups sont effectivement portés tant ils suintent
l'amplitude théâtrale jusqu'au décoiffé excessif. Les paysages sont
majestueux dans leur nudité, fait d'abord de désert de sable desséché
balayé par un vent aveuglant, puis de plage de sable plantée ça et là
de pins et bordée d'une houle furieuse. Une plage quasi méditerranéenne
qu'on s'attendrait à voir se peupler de jeunes hellènes en toge et
sandales. Mais autant le désert de sable est un paysage récurent du
western, autant le bord de mer est une exception, et le passage de l'un
à l'autre entre le début et la fin du film souligne la transmutation du
film de genre en tragédie grecque. De même, la traversée initiale du
désert minéral fait-elle entrer les protagonistes dans l'univers
tragique en les isolant du monde commun, comme la traversée inverse
d'un sable alors devenu fertile les fait ressortir du drame et
rejoindre la vie ordinaire où la rédemption referme l'écrin de silice
qui les avait enfermés. Ils étaient passés de l'autre côté du miroir,
avant de le retraverser au retour. Miroir qui justement est construit
de métal plaqué sur du verre, silice fondue, comme la violence des
armes de fer est ici bornée par le sable, silice soumise au feu de la
tragédie.
Quelle est donc la nature de ce drame ? Un jeune homme (que Longworth
appelle «Kid» tout au long du film, référence évidente à Billy The
Kid, mais également à un statut d'enfant, ou mieux à une position de
fils) se révolte contre la faute commise par un père (le prénom de
Longworth est ici «Dad»). Le nom du jeune homme est Rio, en référence
à la tempétuosité et à la fertilité de la rivière, porteuse de vie et
d'espoir, alors que celui de son adversaire est Longworth
(littéralement «utilité de la durée»). La force et l'espoir de la
jeunesse contre la faute de l'âge qui transige, qui négocie, qui
échoue. La vengeance passe ainsi par la réfutation de l'autorité de
mâle de l'adversaire sur les femmes de sa maison. La mère, Maria (et le
prénom marial n'est pas ici un hasard), est intouchable par principe.
Mais la jeune vierge de la maison du père (du beau-père en fait, ce qui
permet une distance préservant les apparences de la parabole) est par
contre accessible. Et c'est à travers elle que viendra le châtiment,
puis le pardon, la rédemption, et finalement la vie. Le rapt des
vierges aurait été encore plus clair si Louisa s'était appelée Sabine,
mais a-t-on réellement besoin qu'on nous offre toutes les clés ?
L'allégorie du conflit d'Œdipe et de son roi de père est déjà
suffisamment transparente pour donner à penser.
En fait de western, je m'étais donc tapé plus de deux heures de tragédie grecque théâtrale en diable, codée de bout en bout, en VO de surcroît, et, en plus j'avais aimé ça !
Mots-clés : cinéwestern, cinéma américain, One eyed jacks, La Vengeance aux 2 visages, Marlon Brando



























































