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"Sleuth" ("Le Limier") : hommes au bord de la crise de nerf

Mostra de Venise 2007, Kenneth Branagh, sortie le 13 février 2008



25 - 01
2008
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"Le Limier" de Kenneth Branagh (version 2007)


Retour du réalisteur Kenneth Branagh dans le remake d’un film de Joseph L. Mankiewicz, "Le Limier", que certains considèrent comme son chef d’œuvre. Il n’est pas possible de le voir aujourd’hui en DVD, à ma connaissance, pour se consoler, voir le lien vers le trailer*** (en bas du billet) avec l’affrontement Laurence Olivier et Michael Caine.

La grande idée de casting de Kenneth Branagh, c’est d’avoir donné le rôle de Laurence Olivier à Michael Caine. Explication : la pièce, pourrait-on dire tant c’est théâtral, met en scène l’affrontement entre un romancier célèbre, Andrew Wyke (Michael Caine), et un coiffeur aspirant acteur, Milo Tindle (Jude Law), le jeune amant de la femme du romancier, Maggie. Le film débute sur un coup de sonnette, Milo sonne à la porte d’Andrew pour lui demander si il va se décider à accepter enfin le divorce. Dans la première version de Mankiewicz, Michael Caine jeune jouait Milo, l'amant.

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Andrew, le romancier, si imbu de son œuvre qu’il possède dans sa maison une pièce spéciale pour y exposer tous ses livres dans toutes les langues, va proposer un marché à Milo, sans ressources : cambrioler le coffre-fort de sa femme afin que l’un touche l’assurance (Andrew) et l’autre l’argent de la vente des bijoux chez un receleur (Milo). Mais pour cela, il faut qu’il y ait effraction…


Le premier est vieux et très riche, le second est jeune, beau et pauvre. Chacun possède donc des armes pour humilier l’autre, et c’est là le moteur du film : l’humiliation. L'affrontement de ces deux hommes hypercivilisés et intelligents, au sujet d'une femme qu'on ne verra pas (et l'objet du combat va être dépassé pour une lutte de pouvoir), va devenir de plus en plus physique, animal, le verbe agissant comme une arme débusquant les instincts primaires.

Produit par Jude Law, ce remake du "Limier" a vu son scénario être réécrit par Harold Pinter, excusez du peu ! (il tient d’ailleurs un petit rôle dans le film). Dans ces conditions, passé au filtre de Pinter, un univers apparemment normal qui se dérègle et montre le dessous des cartes, le regard sur l’histoire s’est considérablement modifié même si on a conservé l’intrigue, par exemple, d’excentrique, le grand romancier est devenu névropathe, sujet à une jalousie quasiment pathologique. Autre exemple, si Sir Laurence Olivier habitait dans une vieille maison de la campagne anglaise, l’indication, pourtant mince, dans le scénario de Pinter d’un extérieur ancien et d’un intérieur «modernisé» a donné lieu à une surinterprétation de Kenneth Branagh qui en a fait un bunker truffé de gadgets électroniques, de caméras et d’écrans de surveillance. Il y gagne par là des idées de mise en scène en alternant les images filmées par la caméra (en noir et blanc) et celles vues directement. (sur l’affiche de la première version du "Limier", ci dessous, on voit les deux héros avec une loupe)



"Le Limier" de Mankiewicz (version 1972)


Bien que Kenneth Branagh offre de belles images léchées, des prises de vues originales, et un style (une peu fabriqué tout de même), c’est d’une pièce de théâtre qu’il s’agit davantage que de cinéma avec unité de temps et de lieu et de prolixes joutes verbales dont je ne suis pas certaine qu’elles plaisent aujourd’hui à un public féru d’images. J’ai revu par hasard un des premiers films de Kenneth Branagh, "Peter’s friends" (1992, avec Emma Thomson), il enfermait un groupe d’amis dans un château pour le WE, même principe appliqué à une troupe de comédiens. Ici, ils ne sont que deux, un peu comme dans « Le Souper »… Il faut donc suivre la conversation et gare à celui qui décroche !

Si Michael Caine est délicieusement machiavélique, Jude Law, tout d’abord, angélique, sympathique, blond platine, vire subtilement au sombre, mais il plaira certainement tout autant à ces dames qu’à Maggie, la femme d’Andrew…  Casting nickel, convenant particulièrement à Harold Pinter, compatriote et vieille connaissance de Michael Caine.

Film hybride, ni film d’auteur ni vraiment grand public, ni classique ni moderne, un peu les deux (plutôt classique relooké), possédant objectivement beaucoup de qualités, mise en scène, interprétation, scénario, il conviendra pourtant sans doute mieux aux spectateurs amateurs de théâtre.





*** trailer de la version Mankiewicz 1972



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