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"The Naked kiss" ("Police spéciale") : le baiser de l'aliéné

Samuel Fuller, 1964



29 - 01
2008
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Coffret choc pour deux films choc : "Shock Corridor" (1963, dont on parlera plus tard...) et "The Naked kiss" (1964, traduit en français par "Police spéciale"), films pour lesquels Martin Scorsese avait résumé la situation en une phrase : «Dans la vision de Fuller, l’Amérique était devenu un asile d’aliénés.» Journaliste de formation, il démarre à l’âge de 16 ans une carrière de reporter attaché aux faits divers, Samuel Fuller va conserver ce sens du sensationnalisme, du réalisme voyant, donnant fréquemment l’impression qu’il fait la Une du journal dans la façon qu’il a de mettre en scène les personnages et les situations.

Sur la forme, mêlant l’influence de l’expressionniste allemand (Stanley Cortez, le chef opérateur, fut celui de "La Splendeur des Amberson"  et de "La Nuit du chasseur") à une touche très personnelle et moderne d’aborder frontalement à l’image les conflits internes des ses anti-héros, présentés souvent en gros plan, le visage déformé de pulsions ravageuses et de rage, avec l’objectif final de révéler la folie des personnages, ses films sont un mélange de film noir et de film sensationnel choc. Un bon casting, dont il avait le secret, peut donner aussitôt le ton : le journaliste de "Shock corridor", enfermé dans un asile pour faire un reportage, et le fiancé philantrope et pédophile de la prostituée dans "The Naked kiss", ont d’entrée une expression de cinglé…




Ceux qui ont vu la scène d’ouverture de "The Naked kiss" ne risquent pas de l’oublier ! Une femme roue de coups un homme qu’elle laisse sur le carreau. Pour cette scène, Fuller dit avoir accroché la caméra successivement à chacun des deux personnages, pour que Kelly, la prostituée, gifle vraiment la caméra symbolisant son souteneur. La violence de cette scène est difficilement descriptible d’autant qu’elle aboutit au clou du spectacle, le crâne rasé de Kelly sous sa perruque rousse, punition infligée par le souteneur qu’elle vient de laisser KO sur le sol. Pendant le générique, Kelly réajuste sa perruque et se remaquille, devient de plus en plus belle… Sa décision est prise : elle quitte la prostitution pour toujours.



Deux ans plus tard, Kelly est devenue éducatrice pour enfants handicapés. L’arrivée en ville de Kelly, blonde, sorte de Grace Kelly un peu usée, tailleur blanc moulant très chic, allure ondulante, vampant les hommes par habitude, est également une séquence choc et charme n'omettant pas de mettre en place tous les éléments du drame : la rencontre avec Driff, le flic plus ou moins véreux, qui lui conseille de quitter la ville et de travailler chez Candy, un bar louche. Driff est le dernier client de Kelly, censée vendre du champagne, un client de trop? La figure du bienfaiteur de la ville, un certain Grant, hante les conversations, l’homme trop parfait est jeune, beau généreux, offrant des cadeaux à tous à ses retours de voyage. Le casting est fin, Grant a les traits épais, presque vulgaires, le regard sournois, son physique ne collant pas à son CV. Très vite, Grant demande Kelly en mariage. Ca m’a rappelé la scène d’un film bien ultérieur "La Dérobade" de Daniel Duval quand Miou-Miou, la prostituée tellement humiliée dans un claque sordide (dont on voit surtout les montées et descentes dans un escalier sinistre), croit enfin avoir trouvé un homme amoureux d'elle et le retrouve déguisé avec une perruque blonde et une robe, recopiant sa tenue à elle… Grant a choisi Kelly parce qu’il considère qu’elle est «anormale» comme lui… La scène nous gifle comme une douche glacée en hiver, on s’était pris à ronronner (un peu...), Fuller nous baladait dans la nouvelle vie de Kelly, d’autant que la confession de Grant a lieu sur fond sonore d’un spectacle chanté par les enfants handicapés de l’institut avec Kelly pendant que cette dernière arrive dans la pièce avec sa robe de mariée blanche toute neuve dans une grande boite…  Ah, il met le paquet Fuller !


Constance Towers (Kelly) et Michael Dante (Grant)

Le film met en scène quatre personnages archétypaux, le flic véreux, le souteneur, le pédophile (le client) et la prostituée. Autour de Kelly, les hommes tournent tous par profit, pour un brin de sentiment ou de compassion, il faudra repasser ou attendre la fin du film où se dessine l’estime de Driff pour Kelly, qui a remplacé les sentiments qu’il ne s’autorise pas envers une prostituée, malgré son attirance immédiate pour elle, par une sorte d’amitié. Car, malgré ses atours féminins, Kelly a un comportement plutôt masculin, elle frappe le souteneur (première scène du film), plus tard, elle va agresser Candy dans son bar, pour défendre une des employées de l’institut que la tenancière  a cherché à dévoyer, en lui faisant avaler ses billets de banque.

D’après ce que j’ai entendu dans le suppléments du DVD, son expérience journalistique avait mis Fuller en contact très tôt avec le milieu des prostituées dont il voulait ici défaire les idées reçues sur ces femmes que l’Amérique puritaine condamnait. Fuller a tout connu, la guerre qu’il détestait (ses films de guerre "J'ai vécu la guerre de Corée", 1951), les camps de concentration (la prostituée rasée), de la barbarie, il connaissait tout. Taxé à tort d’anticommuniste ("Le Port de la drogue", version française de "Pick up on South st" où on a remplacé la chasse aux communistes par le trafic de drogue), Fuller ne souhaitait qu’un régime libre…

Anti-politiquement correct, ce film dérange à plus d’un titre, les scènes avec les enfants handicapés dans l’institut spécialisé sont très dures et tristes, la violence et l’appât du gain sont partout, telle la jeune femme qui préfère le mirage de la prostitution chez la mère maquerelle Candy à $300 la semaine à la réalité douloureuse et peu rémunérée de l’institut. La dernière scène est habile, des visages fermés, hostiles, une foule menaçante, vindicatrice ? Non, pas cette fois, cette même foule qui la condamnait est aujourd’hui reconnaissante à Kelly, enfin, les visages s’ouvrent, sourient… Pour combien de temps ?



PS. "The Naked kiss" remplacerait ici l’expression "The Iron kiss", qui, si j'ai bien compris, signifierait "le baiser des pédophiles" dans le jargon pédophile. Kelly dit en parlant de Grant qu’elle a senti qu’il était cinglé aussitôt qu'il l’a embrassée et qu’elle avait déjà connu une fois ça une fois avec un journaliste...


Coffret 3 DVD (Wild side vidéo) avec "Shock corridor", "The Naked kiss" et un DVD de bonus dont une interview se Samuel Fuller et les interventions de Quentin Tarentino, Tim Robbins, Martin Scorsese, J im Jarmush, etc...




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Note : 3.2/5 (28 notes)



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The Naked Kiss de Samuel Fuller

Je souhaiterais savoir si la chanson que chantent les enfants handicapés avec Kelly est une chanson traditionnelle française. Si oui, quel est son titre et qui l'interprète ?
Je vous remercie de m'avoir lue.
A. Delfini

Anne Delfini - 30.07.11 à 16:24 - # - Répondre -

..

je ne puis pas vous répondre malheureusement,

lectures - 10.01.12 à 15:17 - # - Répondre -

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