14 - 01
2009
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Une ancienne star du catch, vivotant grâce à des compétions minables, est victime d'une crise cardiaque : il décide de prendre sa retraite jusqu'au jour où se profile l'anniversaire des 20 ans de son dernier combat dans les années 80...
Il y a des années que je n'avais pas été aussi bouleversée par un film. De la première à la dernière image du film, qui semblent se faire les plus discrètes possibles pour ne pas entraver la force du récit, on a les larmes au yeux. Darren Aronofsky a compris qu'avec un sujet aussi intense, focalisé sur la déchéance d'une ancienne gloire du catch des années 80, en miroir de celle de l'acteur Mickey Rourke, ex-star des eighties, surdoué et autodestructeur, boxeur sur le tard, qui allait endosser le rôle, tout effet serait en trop ; qu'il lui fallait s'effacer devant son sujet et son acteur principal parce que le mettre en valeur suffirait amplement. Pour cela, il a pris le parti d'une approche quasi-documentaire mais si ce quatrième film de Darren Aronofsky n'a aucune parenté stylistique avec le précédent "The Foutain", qui n'en avait pas non plus avec le second devenu culte "Requiem for a dream", etc...
Les affichettes et coupures de presse au mur qui défilent, avec en son off le vacarme hystérique de la foule pendant des matches qui leur correspondent, ceux de la période de gloire de Randy Robinson, le tout sur une géniale BO rock, font démarrer le film en trombe avant la fin du générique! Dernier match de légende en 1986, la rencontre de Randy le Belier et de l'Ayatollah... 20 ans plus tard, au sortir d'une rencontre minable de vieux catcheurs sur la touche, Randy est dans le noir, il va dormir dans sa voiture, faute d'avoir pu payer le loyer de sa caravane... Là où vivent les catcheurs déchus comme Randy, c'est la précarité et souvent la crasse, le désespoir toujours, des photos souvenir, des bandages, des comprimés pour toutes les douleurs qu'on achète au marché noir, Randy n'aura les moyens de s'offrir que des anabolisants pour augmenter sa masse musculaire, pas un sou pour les antibiotiques.
Darren Aronofsky a enquêté sur ce milieu du catch, souvent traité avec mépris, beaucoup de scènes du film ont employé ces ex-vedettes du catch comme figurants ou petits rôles, la plupart d'entre eux n'ont ni logement décent ni couverture sociale. Mickey Rourke avoue que 16 ans de boxe l'ont moins ébranlé physiquement que les mois de préparation au catch pour son rôle, que lui-même n'avait pas d'estime pour le catch avant de le pratiquer pour le film. Les gestes sont différents de la boxe et, surtout, les combats sont chorégraphiés, prémédités, on le voit très bien dans le film, ces hallucinantes discussions pour organiser le combat à l'avance dans les vestiaires peuplés de monstres tatoués, buste hypertrophié, corps de culturiste dopé aux hormones, aussi gentils dans la vie que sanguinaires sur le ring. Ici, l'habit ne fait pas le catcheur, Tommy le pourri, crête noir et rouge sur le crâne, short rouge sang, aussi avenant que le diable en personne, est plus correct que le catcheur au physique banal qui va achever de détruire Randy à coup d'agrafeuse pour faire le show, les deux hommes finiront dans un bain de sang. Randy, qui se contentait d'une lame de rasoir pour s'ouvrir la tempe, devant la folie de l'adversaire, tient le coup pendant le combat mais fait une attaque cardiaque dans les vestiaires...
Après "Che", encore un parcours christique mais autrement plus physique, obscure et sans espoir est la vie de Randy Robinson qu'on traite parfois de "Bélier émissaire"... Voisin du dernier "Rocky" pour le thème, le premier était ludique, ici, c'est dramatique. On n'est pas dans l'empathie mais franchement dans la compassion tant le film est émouvant (étymologie de compatir, souffrir avec) ; mais, paradoxalement, c'est la foule en délire, quand Randy accepte le martyr de son corps pendant les combats, qui lui apporte le substitut d'amour dont il a besoin, c'est aux cris de la foule qui l'acclame que Randy le Bélier est accro, pour ces cris d'amour-là, aucun coup de fait mal sur le coup...
Pour l'anecdote, Darren Aronofsky a imposé Mickey Rourke, pourtant à moment donné, les producteurs n'ont plus marché, il a failli être remplacé par Nicolas Cage mais celui-ci lui a rendu le rôle tout comme Bruce Springsteen a spécialement écrit la chanson du "Wrestler" pour lui. Pour le rôle, il a pris 20 kg, s'est entraîné des mois, y compris sur le tournage... Nominé aux Oscars, Mickey Rourke, déjà acclamé à Venise quand le film a obtenu le Lion d'or (le règlement de La Mostra ne permet pas de donner deux prix au même film), vient de décrocher le Golden globe du meilleur acteur devant Sean Penn dans "Milk", c'est dire...

Mickey Rourke Golden Globe du meilleur acteur/janvier 2009
Lire aussi la critique très documentée du film de Labosonic...
Mickey Rourke en quelques films années 80 :

"9 Semaines et demi" (1986) d'Adrian Lyne : Mickey Rourke et Kim Basinger dans un film emblématique des années 80.
"Body heat"
"Rusty James"
"L'Année du dragon"
"Le Pape de Greenwich village"
"L'Orchidée sauvage"

"Angel heart"(1987) d'Alan Parker : un des plus beaux rôles de Mickey Rourke dans les années 80... (avec la vénéneuse Charlotte Rampling dans un second rôle).
Note CinéManiaC :

Mots-clés : avant-Premières, cinéactuel, cinéma américain, The Wrestler, Darren Aronofsky, Mickey Rourke































Commentaires
Bonsoir Vierasouto, j'ai été une des "fans" de la première heure de Mickey Rourke, j'ai vu 9 semaines et demie, L'année du dragon, L'irlandais, Barfly, Angel Heart (il faut se rappeler qu'il a été un phénomène de mode pendant un moment). Et puis plus grand chose. J'ai l'ai beaucoup apprécié dans Sin City et j'attends avec impatience The wrestler. Bonne soirée.
dasola - 16.01.09 à 18:12 - # - Répondre -
← Mickey Rourkemania
Bonsoir! Moi aussi, j'ai été une inconditionnelle de Mickey Rourke jusqu'à aller en salles voir "L'Orchidée sauvage" qui était quand même une daube mais quel couple avec Carré Otis! Je crois que tu aimes "Body heat" où il démarre dans un petit rôle (celui qui fabrique les explosifs). Tu vas adorer "The Wrestler", ma critique n'est pas à la hauteur de la beauté du film, trop, c'est trop, on est submergé par l'émotion dans ce film, c'est quasiment impossible de rester en retrait, j'y retourne dès sa sortie!!! PS. Je mijote depuis mercredi de revoir "Angel heart", je dois avoir le DVD dans un coin...
vierasouto - 16.01.09 à 21:13 - # - Répondre -
Assez incroyable, ce film. J'avoue qu'avant de le voir je nourrissais à la fois une vraie excitation ainsi que de grosses réticences. Quoi, compatir avec un gros catcheur aux cheveux filasse, moi qui ai toujours trouvé ce "sport" juste grotesque ?
Sauf que ça marche à plein tubes, y compris les scènes de combat qui semblent excessives (alors qu'a priori elles ne le sont pas tant que ça). Et la fin évite tous les pièges tendus par l'intrigue. Un pari insensé mais relevé haut la main. Et le premier film très attendu de 2009 qui ne me déçoit pas.
Rob - 15.02.09 à 21:14 - # - Répondre -
←
Pour ma part, j'ai compris en voyant ce film que ce n'est pas demain la veille en 2009 que je vais trouver mieux ou aussi bien! J'y retourne dès mercredi ou jeudi et avec des kleenex cette fois! @+
vierasouto - 16.02.09 à 01:53 - # - Répondre -
merci
Thaks for the article written, much useful for my writing work. Merci, bon travail!
creative writing - 22.10.10 à 11:17 - # - Répondre -